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Venez à la noce !

Venez à la noce !

Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau. (Ap 19,9)

Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d'autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j'ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.” Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.” Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : “Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?” L'autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.” Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. Mt 22,1-14

Cette brochure du Mouvement Marial des Prêtres et des Laïcs présente la Sainte Église comme Épouse du Christ : la parabole de Jésus sur le banquet de noces du roi, le mystère de la Sainte Église triple, la vie nuptiale de nombreux saints ainsi que la Sainte Messe comme soleil et banquet nuptial de notre vie, avec des témoignages de la grâce et de la persécution de l'Église à notre époque.

Préface

Dieu n'a conçu pour les hommes qu'une seule voie vers la béatitude éternelle, et cette voie est Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, lui-même. Il a dit : Personne ne va vers le Père sans passer par Moi. Je suis le Chemin. (Jn 14,6) Jésus nous a préparé ce chemin par l'offrande aimante de Sa vie sur la croix, expression de l'amour suprême et de la glorification du Père (cf. Jn 17,1-5), et comme sacrifice d'expiation d'agréable odeur pour la rédemption des hommes (cf. Ep 5,2). En tant que grand prêtre unique et éternel de l'humanité, le Christ a laissé à Son Église, réellement et substantiellement, dans le mystère de l'Eucharistie, le sacrifice de Son amour donné sur l'autel de la croix. Ce faisant, le Christ a uni de façon indissoluble la re-présentation de Son sacrifice sur la croix à Son banquet nuptial. Il célèbre ce banquet en donnant Sa chair et Son sang à Son Épouse, l'Église, et à chaque âme croyante et aimante. Le plus grand acte d'amour de toute l'histoire de la création et de l'humanité est l'offrande sacerdotale de Jésus-Christ sur la croix. Il est célébré ici-bas dans le sacrement de l'Eucharistie jusqu'à Son retour.

Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau. (Ap 19,9) Ces paroles révèlent le sens le plus profond du but pour lequel Dieu a créé les hommes. Il les a créés pour les faire participer à Sa propre vie divine, et cette vie est la vie surnaturelle et éternelle. La participation à la vie divine signifie le bonheur et la joie les plus élevés, et c'est ce que représente l'image du banquet de noces. C'est la vision bienheureuse de l'essence ineffable et insaisissable de Dieu Lui-même. La vie éternelle est une vie d'union très intime de la créature avec son Créateur. Dieu est amour (1 Jn 4,8), et c'est pourquoi on ne peut être un avec Lui qu'en L'aimant. Le bonheur éternel du ciel est l'accomplissement le plus élevé possible du premier et du plus grand commandement : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit et de toute sa force. (cf. Dt 6,4-5 ; Mc 12,30)

Cet acte d'amour est si puissant qu'il subsistera pour toute l'éternité comme souvenir et comme liturgie céleste, comme l'annonce l'Apocalypse dans l'image du banquet de noces de l'Agneau. C'est pourquoi le Christ reste aussi grand prêtre dans le ciel pour toute l'éternité. (cf. He 7,24)

Jésus-Christ, le grand prêtre éternel, est l'unique voie vers la béatitude éternelle. Toutefois, Il a uni cette voie de façon indissoluble à la vérité, car Il Lui-même est la vérité. (cf. Jn 14,6) C'est pour le témoignage de la vérité (« martyrein » en grec) qu'Il est venu dans le monde (cf. Jn 18,37), et Il est le témoin (« martys » en grec), le fidèle (« fidelis ») et le véritable (« verus ») en personne. (cf. Ap 3,14) Nous reconnaissons par là que le chemin vers la béatitude éternelle, vers le banquet de noces de l'Agneau, est un chemin de foi inconditionnelle et de fidélité à la vérité, jusqu'au martyre s'il le faut. Sans la foi, c'est-à-dire sans l'attachement fidèle aux vérités révélées par Dieu, il est impossible de plaire à Dieu (cf. He 11,6), c'est-à-dire impossible d'entrer au ciel.

Rien n'est plus étranger au sens de Jésus-Christ et de l'Évangile que de comprendre ou de vivre le christianisme et le chemin vers le ciel comme une promenade sentimentale façonnée par des goûts individuels, ou comme un menu à la carte généreux. Un tel christianisme serait sans croix, sans sacrifice, sans obéissance à la volonté claire de Dieu, sans renoncement à soi. Ce serait donc un christianisme sans véritable amour surnaturel, et par conséquent sans véritable joie, sans un véritable banquet de noces de l'Agneau, puisque l'Agneau est par nature un être innocent offert en sacrifice. Un tel christianisme serait une illusion. Ce serait un christianisme de l'« ego », et donc l'opposé le plus complet du Christ lui-même et du vrai christianisme, c'est-à-dire sa caricature la plus laide.

L'Église a eu conscience dès ses débuts du danger que représente un christianisme illusoire et caricatural, sans croix et sans vérité, donc aussi sans amour. C'est pourquoi les premiers chrétiens, et depuis lors toutes les générations de vrais catholiques, ont toujours pris à cœur ces paroles de l'apôtre Jude (Thaddée) : Combattez pour la foi qui a été transmise aux fidèles une fois pour toutes. Souvenez-vous des paroles dites à l'avance par les Apôtres de notre Seigneur Jésus Christ. Ils vous disaient en effet qu'aux derniers temps, il y aura des moqueurs qui iront au gré de leurs convoitises impies. Ce sont des fauteurs de divisions, menés par l'instinct, ils ne possèdent pas l'Esprit. Mais vous, bien-aimés, construisez votre vie sur votre foi très sainte, priez dans l'Esprit Saint, gardez-vous dans l'amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ en vue de la vie éternelle. Prenez en pitié ceux qui sont hésitants ; sauvez-les en les arrachant au feu. (Jude 3,17-23)

Le plus grand et le plus efficace secours sur le long, pénible et périlleux chemin vers la béatitude éternelle est Jésus-Christ Lui-même, par le don du saint sacrifice de la messe, la présence réelle de Son sacrifice de la croix et la nourriture de Son corps et de Son sang. C'est le plus grand trésor, le vrai soleil spirituel de l'Église. Oui, c'est déjà ici dans cette vallée de larmes une anticipation du banquet de noces de l'Agneau dans la vie éternelle.

Le saint sacrifice de la messe et la sainte communion sont aussi les moyens les plus efficaces pour que l'âme croisse dans le véritable amour éternel de Dieu, dans l'amour nuptial envers Lui. Et cela ne signifie rien d'autre que la sainteté de la vie.

Dieu a voulu que le sacrifice de la croix, avec la transsubstantiation du pain et du vin en corps et en sang du Christ, ne puisse être accompli sacramentellement que par les prêtres. Sans prêtres, il n'y a ni sacrifice de la messe ni sainte communion, et le vrai soleil spirituel s'éteint alors dans la vie de l'Église. Cependant, nous avons besoin non seulement de prêtres, mais surtout de prêtres saints. Le Christ, grand prêtre éternel, chaste, véridique et miséricordieux, veut aussi dans notre époque si obscure et confuse marcher de nouveau par nos rues à travers Ses prêtres, enseignant la vérité à ceux qui errent et qui doutent, consolant ceux qui souffrent, donnant le pardon des péchés aux pécheurs repentants, et surtout offrant le sacrifice de la messe. C'est pourquoi les prêtres, Ses instruments humains, doivent aussi être chastes, prêts au sacrifice, humbles, et rendre toujours témoignage de la vérité, jusqu'au martyre.

Le rappel de la vérité de l'appel de tous les chrétiens à la sainteté, et avant tout des prêtres, de l'importance centrale de la sainte Eucharistie dans la vie de l'Église, par une pénétration toujours plus profonde, dans la foi, de la vérité, et par une célébration du saint sacrifice de la messe digne de la Majesté divine et sacrée, avec la réception fructueuse et respectueuse de la sainte communion, avec un cœur pur, croyant et humble : c'est en cela qu'auraient dû consister, selon l'intention de la plupart des Pères conciliaires, le sens véritable et le but du Concile Vatican II.

Seule la véritable rénovation issue du mystère de l'Eucharistie, selon le sens permanent de l'Église et de tous les saints, fera naître dans l'Église de nos jours des saints : des enfants saints, des jeunes saints, des familles saintes, des épouses consacrées saintes du Christ, des religieux saints et avant tout des prêtres saints. Alors seulement le printemps spirituel sera donné à l'Église. Nous espérons fermement en ce printemps, et il est déjà présent aussi de nos jours, commençant d'abord dans les âmes qui aiment le Christ d'un amour nuptial profond et qui ont fait du Christ eucharistique le centre de leur vie.

Le présent petit livre « Venez à la noce ! » sera sans aucun doute une aide spirituelle concrète pour cette véritable rénovation eucharistique si désirée de l'Église, et donnera lumière, consolation et encouragement à de nombreuses âmes pour l'amour de Dieu et du prochain et pour la sainteté.

Que Dieu bénisse la diffusion de ce petit livre précieux de nombreux fruits spirituels !

Unis à la chère Mère de Dieu, Marie, premier tabernacle du Sauveur fait homme, puissions-nous répéter souvent les paroles suivantes d'un ancien cantique de communion connu, qui augmenteront en nous la foi et l'amour surnaturel envers notre Seigneur eucharistique :

Jésus, Jésus, viens à moi, ô comme je languis après Toi !
Ami le meilleur de mon âme, quand serai-je uni à Toi !
Mille fois je Te désire, vivre sans Toi est une peine.
Mille fois je soupire vers Toi : Ô Seigneur Jésus, viens à moi !
Aucune joie dans le monde ne comble mon cœur.
Ton amour seul, Seigneur, peut réjouir tout mon cœur !
Certes, je ne suis pas assez pur, Seigneur, pour que Tu entres chez moi ;
mais une seule parole de Ta bouche, et mon âme sera guérie.
Ardemment je languis après Toi : Jésus, Jésus, viens à moi !
Prends mon cœur tout entier pour Toi et possède-le à jamais. Amen.

Que Dieu comble de Ses riches bénédictions les auteurs, les diffuseurs et les lecteurs de ce petit livre !

29 juin 2019, en la solennité des saints apôtres Pierre et Paul

+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Sainte-Marie à Astana (Nur-Sultan)

L'Adoration de l'Agneau mystique (retable de Gand, Jan van Eyck)

L'Adoration de l'Agneau mystique (retable de Gand, Jan van Eyck)

Le mystère de la Sainte Église triple

La Sainte Église triple se compose de l'Église militante, de l'Église souffrante et de l'Église triomphante. Les chrétiens sur la terre forment l'Église militante, les âmes du purgatoire l'Église souffrante et les bienheureux du ciel l'Église triomphante. Ces trois ensemble forment, par leur union intime avec le Christ, le Royaume de Dieu. Dans le Credo, nous appelons cette communauté « communion des saints », parce que tous doivent être unis au Christ, leur Époux, par la grâce sanctifiante.1

La communion des saints sur la terre nous fait participer à tous les trésors de grâce de l'Église. L'union avec les saints du ciel nous fait participer à leurs mérites et nous apporte leur aide par leur intercession auprès de Dieu. La communion avec le purgatoire est pour nous et pour les âmes du purgatoire, qui souffrent si douloureusement, une grande aide. Par les messes, les indulgences, les prières et les bonnes œuvres que nous offrons pour elles, nous pouvons abréger leurs peines, et elles nous témoignent à leur tour leur grande reconnaissance en assaillant le ciel pour toutes nos intentions.2

1 Que le Christ soit l'Époux de l'Église, cela a été annoncé par les prophètes, et Jean-Baptiste l'a proclamé. Le Seigneur Lui-même S'est désigné comme « l'Époux ». (Mc 2,19) En même temps, Il est aussi, comme le souligne l'apôtre Paul, « la tête du corps, la tête de l'Église », « il a aimé l'Église, il s'est livré lui-même pour elle ». (Col 1,18 ; Ep 5,25) De même, l'apôtre présente l'Église et chaque croyant, membre du corps du Christ, comme une épouse qu'il a « fiancée » au Christ, le Seigneur, afin qu'elle ne soit avec Lui qu'un seul esprit. (cf. 1 Co 6,15-17 ; 2 Co 11,2) (cf. CEC 796)

2 Les âmes du purgatoire comptent parmi les plus grands connaisseurs de la détresse terrestre et de l'existence humaine. Comme elles vivent dans une expérience de Dieu que nous ne pouvons pas encore atteindre, elles sont remplies à notre égard d'une puissance d'amour, et elles sont tout particulièrement les amis les plus fidèles des hommes qui, par la prière et le sacrifice, leur abrègent le chemin vers la vision de Dieu. (saint Jean Fisher)

Soyons dans la joie, exultons, et rendons gloire à Dieu !
Car elles sont venues, les Noces de l'Agneau, et pour lui son épouse a revêtu sa parure.
Un vêtement de lin fin lui a été donné, splendide et pur.
Car le lin, ce sont les actions justes des saints.
L'ange me dit : « Écris : Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau ! »3 Ap 19,7-9

3 Nous ne pouvons obtenir notre salut autrement que dans le corps mystique de l'Église, dont le Christ est la tête et dont nous sommes les membres. […] Il n'y a pour nous aucun autre chemin ni aucune autre porte. (sainte Catherine de Sienne)

Marie, Mère de l'Église

Marie, Mère de l'Église⁴

Désir nuptial

Toute la Sainte Écriture est pénétrée du battement de l'amour plein de désir de Dieu, qui frappe sans cesse aux cœurs souvent si endurcis et fermés des enfants des hommes, pour les attirer à Lui avec miséricorde. Cet amour nuptial se révèle de façon particulièrement frappante dans l'image des noces, que Dieu préparait déjà dans l'Ancien Testament et qui fut accomplie solennellement par Jésus-Christ, venu dans ce monde comme Messie et Époux, dans un admirable échange d'amour.

Je te fiancerai à Moi pour toujours ; Je te fiancerai à Moi moyennant la dot de la justice et du droit, de l'amour et de la miséricorde ; Je te fiancerai à Moi moyennant la dot de Ma fidélité : alors tu connaîtras le Seigneur. Os 2,21-22

Le mariage est le plus profond mystère de toute la création visible et invisible, et donc aussi le plus profond mystère de l'Église, qui marche vers son Époux à travers le pèlerinage de ce temps, avec un désir nuptial.

Douloureusement touchés par les lourdes épreuves qui menacent notre mère l'Église de l'intérieur et de l'extérieur et qui la blessent profondément, nous voulons, avec ce petit livre, jeter des étincelles du désir de la noce céleste dans de nombreux cœurs humains, afin que leur amour pour le Christ, dans le mystère de Son corps mystique, soit ravivé et qu'ils aillent à la rencontre de l'Époux et de l'Épouse avec des lampes allumées. (cf. Mt 25,1-13)

Une innombrable troupe de saints est déjà parvenue à l'accomplissement sur ce chemin vers les noces célestes et intercède maintenant pour nous auprès du trône de Dieu, afin que nous aussi puissions entrer un jour dans cette grande salle de fête de la joie éternelle du ciel.

Lorsque nous jetons un regard sur la vie des saints, nous sommes entraînés dans une atmosphère de la grâce divine, qui rayonne littéralement des yeux de ces âmes éprises de Dieu. Elles se sont laissé entièrement transformer par le mystère nuptial de l'amour de Dieu et sont plongées dans un bonheur dont le monde tourné vers la terre ne soupçonne même pas l'existence.

Dans les chapitres suivants, quelques-unes de ces colonnes de feu lumineuses de l'Église nous accompagnent sur le chemin vers Dieu, pour Son honneur et pour le salut des âmes, pour lesquels elles se sont entièrement consumées.

Viens, je te montrerai l'Épouse ! Ap 21,9
Marie, Mère de l'Église, nous sommes à Toi pour le temps et pour l'éternité.
Par Toi et avec Toi, nous voulons désormais et pour toujours appartenir tout entiers à Jésus. Amen.

4 Marie comme mère et protectrice de l'Église et de la Très Sainte Eucharistie, ainsi que comme reine des anges. Entourée des sept archanges, Marie se tient dans la barque de l'Église, unie à tous les fidèles, dans le combat pour le salut des âmes contre le Malin. Les saints anges et les saints du ciel forment avec les fidèles de l'Église, en préparation de la victoire définitive du Christ sur la terre, le royaume de Marie. (Peinture à l'huile de Roswitha Bitterlich)

François prie devant la croix de Saint-Damien

François prie devant la croix de Saint-Damien.

Saint François et l'Épouse blessée

Lorsque saint François d'Assise (1181/82 – 1226) entra un jour, poussé par l'Esprit, dans la petite église de Saint-Damien pour prier, il fut touché par d'extraordinaires visitations de l'Esprit ; aussitôt, l'image du Christ crucifié lui parla, les lèvres de l'image remuant. Elle l'appela par son nom et dit : François, va et répare Ma maison qui, tu le vois, tombe entièrement en ruines ! […] Dès cette heure où le Bien-aimé lui avait parlé, la compassion pour le Crucifié transperça son âme sainte. […] C'est pourquoi il lui fut impossible, à partir de cette heure, de retenir ses larmes. […] Par ses sanglots il remplissait les chemins, il ne laissait aucune consolation s'élever lorsqu'il pensait aux tourments du Christ. (2 Cel 10-11)

La mission que François reçut de la croix : Vois, Ma maison tombe en ruine, va, rebâtis-la ! est une parole de révélation divine, dans laquelle est contenu tout le mystère de saint François. Ce mystère, il le reçoit à Saint-Damien encore fermé, comme le bourgeon d'une fleur précieuse. Dans la petite église de la Portioncule, la fleur s'ouvrira pour lui.

La petite église de la Portioncule dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges à Assise

La petite église de la Portioncule à Assise

François et la pauvreté

Dans la petite église de la Portioncule5, en l'an 1209, l'Évangile fut lu, dans lequel le Seigneur envoyait Ses disciples prêcher dans un dénuement total. (cf. Mt 10,5-16) Alors saint François se réjouit aussitôt dans l'Esprit de Dieu et dit : Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d'accomplir ! (1 Cel 22)

La mission, qui avait été enracinée jusqu'au fond de son être à Saint-Damien, lui apparaît ici à la Portioncule dans la lumière la plus claire : il ne doit pas seulement bâtir des maisons de pierre ; l'Église vivante de Jésus, il doit la ramener à la pureté et à la force dans lesquelles les apôtres l'ont fondée. C'est pourquoi il doit lui-même vivre comme les apôtres. Ce qu'il cherchait déjà toujours du plus profond de son cœur prend maintenant la forme de l'Épouse promise. Il l'a trouvée, plus noble, plus riche et plus belle que toutes celles que vous avez jamais vues. (LTC 7) Jésus lui confie Son bien le plus grand et le plus saint : l'Église, Son Épouse. Maison, ville, Jérusalem, Sion, Église : ce sont tous des noms de l'Épouse. (cf. Ap 21,2) François doit l'aimer comme le Christ l'a aimée : dans ses péchés et ses blessures. Vois, elle tombe en ruine. Cette parole touche toute l'âme de saint François. Le Christ vit en lui Sa vie d'Époux et le prend tout entier avec Lui à la croix. Jésus le blesse de la blessure de Son propre amour ; il doit « voir » de quelle lèpre l'Épouse, toute la création perdue, est frappée, quelles plaies elle ouvre dans le corps du Christ, et avec quel amour son Époux descend dans sa pauvreté pour baiser sa lèpre et la ramener à sa noblesse.

Ici, il découvre la pauvreté comme mystère de la nuptialité. Il ne peut ramener l'Église dans les bras du Crucifié que s'il est aussi pauvre que l'Époux lui-même. Et ainsi, c'est ici, dans la petite église de la Portioncule, que se trouve l'origine de la pauvreté franciscaine. François se fiance avec l'Épouse Pauvreté.

5 Le nom « Portioncule » signifie « la petite part », « la petite portion ». La légende raconte qu'un pèlerin avait apporté de la terre de la Terre sainte et qu'avec cette terre il avait délimité en l'épandant un espace dans la forêt devant Assise, aussi loin que la terre suffisait. Il consacra cet espace à Marie et y bâtit pour elle une chapelle. Le bruit se répandit parmi le peuple que les anges y chantaient la louange de Marie, et on l'avait souvent entendue. Le saint prit ce lieu en affection plus que tous les autres ; il prescrivit aux frères de le tenir en vénération toute particulière. […] Le bienheureux Père racontait que Dieu lui avait révélé que, parmi toutes les églises construites dans le monde en son honneur, la bienheureuse Vierge aimait celle-ci d'un amour de prédilection ; c'est pourquoi le saint l'aimait lui aussi plus que toutes les autres. (2 Cel 18-19)

Et le Seigneur me donna dans les églises une telle foi que je priais ainsi, dans la simplicité, et disais : « Nous T'adorons, très saint Seigneur Jésus Christ, ici et dans toutes Tes églises qui sont dans le monde entier, et nous Te bénissons, parce que par Ta sainte Croix Tu as racheté le monde. » (saint François)

Ô admirable grandeur et étonnante condescendance ! Ô sublime humilité ! Ô humble sublimité, que le Seigneur de l'univers, Dieu et Fils de Dieu, S'abaisse à ce point qu'Il Se cache, pour notre salut, sous la forme humble du pain. C'est pourquoi je vous prie tous, avec tout l'amour dont je suis capable, que vous rendiez au très saint Corps et au Sang de notre Seigneur Jésus Christ toute la révérence et tout l'honneur que vous pouvez. (saint François)

François reçoit du Christ et de Marie l'indulgence de la Portioncule (tableau de Cornelis Schut)

François reçoit du Christ et de Marie l'indulgence de la Portioncule (Cornelis Schut)

François et la chasteté

Le mystère nuptial de la Portioncule nous est dévoilé plus profondément encore dans l'indulgence de la Portioncule.

Une nuit d'hiver, François fut assailli par de très violentes tentations contre la chasteté. La tentation était si forte que François sortit dans la nuit froide, se dévêtit entièrement et se jeta dans les épines d'un buisson de roses. Ainsi il devint maître de la tentation. Après cette victoire de la fidélité, deux anges lui apparurent, qui l'invitèrent à venir avec eux à la chapelle de la Portioncule, par la petite fenêtre de laquelle brillait une lumière vive. Lorsqu'il entra, il vit au-dessus de l'autel le Christ et Marie, entourés des chœurs des anges. Il se jeta à genoux, et Jésus lui offrit de formuler un souhait et de le confier à Marie. Il implora que quiconque entre avec foi dans la petite église de la Portioncule obtienne la rémission de tous les péchés et de toutes les peines dues au péché. Et Marie accueille la demande et la présente à Jésus dans son cœur nuptial. Jésus la lui accorde, en indiquant à François de faire confirmer cette indulgence par Son représentant sur terre, le Pape. Le Pape Honorius, qui séjournait alors à Pérouse, accorda l'indulgence.

Mais quel est le fond spirituel de cette violente tentation et de la victoire parmi les épines du buisson de roses, qui, après ce combat pour la pureté, perdit toutes ses épines et se trouvait en pleine fleur au milieu de l'hiver ?

François doit ramener l'Église du péché à la fleur nuptiale ; elle doit être resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel, sainte et immaculée. (Ep 5,27) Comment pourrait-il accomplir cette mission s'il ne se garde pas lui-même pur dans les tentations les plus violentes, et s'il blesse l'Épouse qui lui est confiée, ne serait-ce que par la plus petite ombre de convoitise ?

Dieu a révélé au paradis l'inimitié originelle entre le serpent et la femme qui enfante. (cf. Gn 3,15) Dans cette inimitié originelle sévit le diable, le haïsseur et le destructeur de l'union de Dieu avec la création, contre François, qui est choisi entre tous comme paranymphe de l'Épouse. Ce sont des batailles d'histoire universelle que celui-ci mène et gagne dans sa chair contre le diable. Il est le tueur de dragon, qui sait de quel danger il doit sauver la Vierge. (cf. Ap 12,1 ss.) Toujours de nouveau, dans ses écrits, un cri sort de son cœur : Haïssons notre corps, avec ses vices et ses péchés ; notre corps, par un comportement égoïste et sensuel, veut nous enlever l'amour de notre Seigneur Jésus-Christ et la vie éternelle, et se perdre lui-même, avec tout ce qu'il a, dans l'enfer. (Rnb 22)

Ce sont les larmes de Jésus sur Jérusalem qui deviennent sanglantes dans les yeux blessés de saint François : Ah ! si tu reconnaissais aujourd'hui ce qui te donne la paix ! (Lc 19,42) Ici, dans la petite église de la Portioncule, les hommes doivent reconnaître et se convertir ! Si François conduit d'innombrables hommes à la vie chrétienne à travers tous les siècles, c'est le fruit de sa pénitence et de ses larmes.6 Dieu a, par François, dévoilé à un sommet de l'histoire la parole de révélation sur les noces. Il est le héraut que le grand prêtre envoie depuis le trône nuptial de la croix pour inviter tous à la noce royale, afin que toute la création soit conduite à son Époux et unie dans le sang du Christ. (cf. Ep 1,10 ; Col 1,16-20) Cette fête nuptiale de la mort sacrificielle du Christ, l'Église la célèbre dans chaque Sainte Messe. Prenez, mangez : ceci est Mon corps, ceci est Mon sang.

En mourant, Il inclina la tête vers Marie et Jean, l'Église nuptiale, et lui remit Son esprit. En même temps, du sang et de l'eau jaillirent de Son cœur. Ainsi, Il donna à l'Église, Son Épouse bien-aimée, Sa vie et tous Ses mérites rédempteurs, afin qu'elle devienne, par le baptême et l'Eucharistie, la mère de tous les vivants.

6 Plus il y a aujourd'hui de personnes qui déclarent impossible la continence parfaite, plus les prêtres, et avec eux toute l'Église, demanderont avec humilité et insistance le don de la constance et de la fidélité, qui n'est jamais refusé à ceux qui le demandent. En même temps, ils utiliseront toutes les aides surnaturelles et naturelles qui sont à la disposition de chacun. (Concile Vatican II, PO 16)

François reconnut comment, de la blessure du cœur de Jésus, est née la Jérusalem céleste, l'Église avec ses sacrements et ses ordres sacerdotaux, comme Ève est née du côté d'Adam. Il vit que chaque fleur, chaque pierre, chaque ver, chaque nuage dans le ciel, chaque étoile, tout cela est la parure nuptiale formée du sang de Jésus. Chaque petite fleur est tissée de l'amour de l'Époux divin pour Son Épouse, qu'Il veut combler de dons.

C'est dans cette offrande corporelle de Jésus à Son Épouse que se fonde le mariage chrétien. (cf. Ep 5,22-32) C'est pourquoi il est un sacrement. Lors de la célébration du mariage, les époux, dans leur être d'homme et de femme, sont consacrés de façon sacerdotale par le Saint-Esprit, afin que leur amour conjugal reçoive la force sanctifiante de l'amour du Christ.

Le Pape Jean-Paul II parlait souvent, dans ses audiences publiques, du mystère nuptial du corps. Par le corps, nous nous transmettons nous-mêmes, soit dans le péché, soit dans la sainteté. C'est pourquoi toute union sexuelle qui n'a pas lieu dans la sainteté du sacrement est une débauche : deux personnes, dans leur être d'homme et de femme, se complètent mutuellement avec leur péché et profanent le temple de Dieu ; elles déshonorent les noces célestes commencées dans le baptême. (cf. 1 Co 6,15-20)

Notre corps doit devenir une offrande sainte et agréable à Dieu (cf. Rm 12,1), afin que nous aussi puissions dire avec amour au Christ : « Ceci est mon corps pour Toi ! »

Le Pape Innocent III voit en rêve un religieux qui soutient l'Église

Le Pape Innocent III voit en rêve un religieux qui soutient l'Église.

François et l'obéissance

D'où François tient-il sa profonde vénération et son obéissance totale envers l'Église, et plus précisément envers l'Église romaine ? Conscient de la tension entre le pouvoir sacerdotal et la sainteté personnelle, il écrit dans son Testament : Ensuite, le Seigneur m'a donné et me donne encore, à cause de leur caractère sacerdotal, une si grande foi aux prêtres qui vivent selon la règle de la sainte Église romaine, que, même s'ils me persécutaient, c'est à eux malgré tout que je veux avoir recours. […] Je ne veux pas considérer en eux le péché ; car c'est le Fils de Dieu que je discerne en eux, et ils sont réellement mes seigneurs. Si je fais cela, c'est parce que, du très haut Fils de Dieu, je ne vois rien de sensible en ce monde, si ce n'est Son Corps et Son Sang très saints, que les prêtres reçoivent et dont ils sont les seuls ministres. (Test. 6)

Puisque le renouveau de l'Église procède largement de la sanctification des prêtres et des consacrés,7 Jésus nous invite sans cesse à prier et à offrir pour cette intention. À Maria Sieler, mystique de notre temps, qui mena une vie de réparation pour le renouveau du sacerdoce, Jésus dit : Je veux faire participer les prêtres à Moi-même, faire d'eux un second Rédempteur et Sauveur, pour attirer de nouveau à Moi l'humanité souffrante et opprimée. Je veux être leur vie, devenir entièrement un avec eux, Me communiquer à eux. Que Mon Cœur devienne leur cœur. (19.8.1937)8

7 La sainteté des prêtres contribue au plus haut point à la plus grande fécondité de leur service particulier. Car bien que la grâce de Dieu puisse accomplir l'œuvre du salut aussi par des serviteurs indignes, Dieu veut cependant d'ordinaire manifester Ses merveilles de salut plutôt par ceux qui se sont davantage ouverts à l'impulsion et à la conduite de l'Esprit Saint, et qui peuvent donc, en raison de leur union intime avec le Christ et d'une vie sainte, dire avec l'apôtre : « Ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20) (Concile Vatican II, PO 12)

8 Josef Fiedler S.J., Erneuerung der Kirche – Maria Sieler, Imprimatur : Vindobonae, die 18.04.1988, Praep. Prov. Austria P. Josef Czerwinski S.J.

Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c'est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine. Saint curé d'Ars

En tous les prêtres et évêques, et en somme dans le Pape, François voit la présence sacerdotale et l'autorité de l'Époux. Là réside le mystère de l'Église hiérarchique dans sa charge d'enseignement, de pasteur et de prêtre.

Jésus a confié à l'Église tout Son trésor de grâces. Cela s'est produit de façon symbolique lorsque le corps de Jésus fut descendu de la croix et déposé dans le sein de Marie ; alors elle a reçu dans son sein toutes les grâces que le Christ a acquises sur la croix.

À la Pentecôte, ce trésor de grâces a été déposé dans le sein de l'Église, et ainsi l'Église a été unie à Marie. Le Christ a donné la clef de ce trésor à Pierre. Il peut aussi ouvrir et fermer, lier et délier valablement pour le ciel, ce qui s'accomplit notamment par l'administration des saints sacrements. De même, par l'indulgence, la Mère Église comble généreusement ses enfants et leur remet, par la puissance de Jésus, ce qu'ils auraient encore à expier. Car de même que Jésus, dans Son Incarnation, voulait dépendre entièrement de Marie, de même Il veut maintenant, dans Son œuvre de grâce, dépendre entièrement de l'Église.

Père saint, garde-les dans Ton nom, celui que Tu M'as donné, afin qu'ils soient un, comme Nous-mêmes. Jn 17,11
Sainte Claire d'Assise avec le lys (fresque, Giotto)

Sainte Claire d'Assise avec le lys (fresque, Giotto)

L'Épouse Claire (1193 – 1253)

Sainte Claire d'Assise, issue d'une famille noble, fonda avec saint François, qui l'avait personnellement revêtue de l'habit à Saint-Damien, l'ordre des Clarisses. Claire sera pendant quarante ans la femme sous cette croix qui a parlé à François à Saint-Damien.

… dans cette clôture étroite, elle brisa pendant quarante-deux ans, avec les fouets de la discipline, le vase d'albâtre de son corps, si bien que la maison de l'Église fut remplie du parfum des onguents. (LCl 10)

Ainsi Claire devient l'interprétation vivante de la mission que François a reçue du Christ à Saint-Damien : rebâtir Sa maison. En Claire devient visible l'Église que François doit conduire à la noce comme Épouse sainte et pure du Christ. C'est pourquoi l'amour de saint François pour Claire est l'amour du Christ pour Son Église.9

9 Cf. Eugen Mederlet OFM, Die Hochzeit des Lammes, 1983, p. 96-133, Imprimatur : P. Karl Feusi OFM, provincial. Les écrits franciscains proviennent des Franziskus-Quellen, 2009, et des Klara-Quellen, 2013.

Prière pour la sainte Église (à saint François)

Saint François, toi, puissant intercesseur aux côtés de Jésus crucifié dans Sa plus grande miséricorde, nous implorons ton aide dans notre grande détresse. La merveilleuse création de Dieu, le monde, oui toute l'humanité et la sainte Église, se trouvent dans la plus grave détresse.

Saint François, toi, colonne ferme de l'Église catholique, déjà une fois tu as soutenu les murs chancelants de l'Église, et de nouveau elle est menacée de toutes parts. Obtiens-nous l'unité dans la foi, afin que tous ceux qui se tiennent hors de l'Église de Jésus-Christ trouvent leur refuge dans les bras de Jésus. Qu'ils reconnaissent le chemin du retour qui les conduit à la fidélité au Magistère, ancré dans le roc fondamental de la papauté, et à la participation aux mérites de Jésus crucifié, avec la richesse de toutes Ses grâces.

Saint François, toi, image vivante de la Passion de Jésus, marqué de Ses stigmates, assiste nos évêques et nos prêtres, afin qu'ils combattent comme protecteurs et défenseurs de notre foi, s'opposent à l'erreur et parviennent à la ressemblance avec toi. Amen.
Jésus-Christ, le Grand Prêtre éternel

Jésus-Christ, le Grand Prêtre éternel

Sainte Brigitte de Suède (1302/03 – 1373)

Sainte Brigitte, patronne de l'Europe, qui mena une vie de sacrifice héroïque pour le renouveau du clergé et de toute l'Église, s'entendit révéler à maintes reprises par Jésus Sa grande douleur à cause de la vie dévergondée de certains de Ses serviteurs.

Un jour, Jésus dit à Brigitte : Vois, Ma fille, lorsque Je quittai le monde, J'ai confié à Mes prêtres ce qui M'est le plus cher, et Je leur ai laissé cinq dons. Premièrement, Ma foi ; deuxièmement, les deux clés de l'enfer et du ciel ; troisièmement, le pouvoir de faire d'un ennemi de Dieu un ange ; quatrièmement, le pouvoir de consacrer Mon Corps très saint, ce qu'aucun ange ne peut faire ; cinquièmement, le privilège de pouvoir toucher de leurs mains Mon Corps très saint. Mais maintenant, ils Me traitent comme ceux qui ont nié que J'avais ressuscité Lazare d'entre les morts. […] C'est ainsi que font aujourd'hui les prêtres lorsqu'ils ne disent pas Mes paroles et n'annoncent pas Mon enseignement, mais enseignent l'amour du monde et prêchent la volupté, et qu'ils ne tiennent pour rien la faute de péché qu'ils ont accumulée.

Cette plainte du Grand Prêtre éternel, transmise aux prêtres par une sainte, n'a pas manqué son effet sur le clergé et sur le peuple.

Combien Il aime Ses prêtres et comment Il les a choisis, ces paroles adressées à Brigitte le montrent : J'ai choisi les prêtres avant tous les anges et tous les saints, et Je leur ai donné seuls le pouvoir de rendre présent et de toucher Mon Corps. […] J'ai tant aimé les prêtres que Je voulais leur accorder seuls un tel honneur, et Je les ai fait monter vers Moi par sept degrés. Qu'ils soient patients comme des brebis, fermes comme un mur sur le meilleur fondement, courageux comme des guerriers, prudents comme des serpents ; pudiques comme des vierges, purs comme les anges, brûlant d'amour comme une épouse qui désire la chambre de son époux.

Dans une révélation que Brigitte reçoit de la Mère de Dieu, le Pape est rendu attentif à veiller sur la pureté du clergé : Le Pape doit ordonner à chaque évêque de veiller sur la vie de ses clercs, afin que quiconque ne veut pas améliorer sa vie et ne veut pas persévérer dans la continence soit entièrement privé de son bénéfice, car Dieu préfère qu'en un tel lieu aucune messe ne soit célébrée plutôt que le corps du Fils de Dieu ne soit touché par des mains de prostituées.10

10 Gottes Nordlicht de Ferdinand Holböck, 1983, p. 293-295, 298, Imprimatur : Ordinariat archiépiscopal de Salzbourg, + Jakob Mayr, évêque auxiliaire et vicaire général.

Sainte Catherine de Sienne (1347 – 1380)

Sainte Catherine de Sienne, docteur de l'Église et patronne de l'Europe, était animée d'un amour tout à fait extraordinaire pour l'Église. Comme sa contemporaine, sainte Brigitte de Suède, elle lutta sans relâche, avec les armes de l'Esprit, pour la réforme et l'unité de l'Église. Lorsqu'un jour, dans une vision, le « navire mystique de l'Église » fut placé sur ses épaules, elle s'effondra sous ce fardeau. Peu avant sa mort, elle pria :

Ô Dieu éternel, reçois le sacrifice de ma vie pour le corps mystique de la sainte Église. Je n'ai rien d'autre à donner que ce que Tu m'as donné. Prends donc mon cœur et presse-le au-dessus du visage de cette Épouse.11

11 Sainte Catherine dicta, en 1377 et 1378, à différents intervalles, un livre habituellement intitulé Dialogue de la divine Providence, dans lequel son âme, dans un entretien extatique avec le Seigneur, rapporte ce que la vérité éternelle lui dit en réponse à ses questions concernant le bien de l'Église, de ses enfants et du monde entier. Le livre se caractérise par un esprit prophétique, un équilibre de la pensée et une clarté de l'expression. Il traite des mystères les plus élevés de notre religion et des problèmes les plus difficiles de l'ascétique et de la mystique. Vigilante et suppliante, elle s'adresse aux frères dans le monde, qu'elle voit se perdre sur les chemins du péché et qu'elle tente de réveiller de leur engourdissement mortel : avec une fine intuition psychologique, elle projette des faisceaux de lumière sur le chemin de la perfection, en louant l'élévation de l'homme qui, à la suite du Christ obéissant, trouve la voie sûre vers la Très Sainte Trinité … (Saint Pape Jean-Paul II, extrait de la lettre apostolique Amantissima Providentia, 29.4.1980)

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873 – 1897)

La sainte carmélite Thérèse de l'Enfant-Jésus, patronne des missions et docteur de l'Église, qui se consuma dans un amour passionné pour le Christ et pour Son Église, écrit dans son autobiographie :

Je compris que l'Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d'Amour. […] Alors, dans l'excès de ma joie délirante, je me suis écriée : Ô Jésus, mon Amour… ma vocation, enfin je l'ai trouvée, ma vocation, c'est l'Amour ! … Oui, j'ai trouvé ma place dans l'Église, et cette place, ô mon Dieu, c'est Toi qui me l'as donnée… Dans le Cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé ! … Je ne suis qu'une enfant, impuissante et faible, cependant c'est ma faiblesse même qui me donne l'audace de m'offrir en Victime à Ton Amour, ô Jésus ! […] je ne veux laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, je veux profiter de toutes les plus petites choses et les faire par amour… Ô mon Jésus ! Je T'aime, j'aime l'Église, ma Mère, et je me souviens que le plus petit mouvement de pur amour lui est plus utile que toutes les autres œuvres réunies ensemble.
Prière pour les prêtres

Ô Jésus, éternel souverain Prêtre, garde Tes prêtres sous la protection de Ton Cœur très saint, où personne ne peut leur nuire.

Garde sans tache leurs mains consacrées, qui touchent chaque jour Ton Corps très saint.

Garde pures leurs lèvres, empourprées de Ton Sang précieux.

Garde pur et détaché de la terre leur cœur, scellé du signe sublime de Ton glorieux sacerdoce.

Fais-les grandir dans l'amour et la fidélité envers Toi et protège-les de la contagion du monde.

Donne-leur, avec le pouvoir de changer le pain et le vin, le pouvoir de changer aussi les cœurs.

Bénis leurs travaux par des fruits abondants et donne-leur un jour la couronne de la vie éternelle. Amen.12 Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

12 Le fondement de la prière et de l'offrande de Thérèse était une grande estime pour le sacerdoce. Bien qu'elle remarque les faiblesses des prêtres, elle ne passe pas pour autant simplement à la critique ; cela est pour elle bien plutôt une occasion de prier et d'offrir. Et lors de l'examen qui précéda sa profession, elle dit : « Je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres. » (Tiré de Thérèse de Lisieux, Selbstbiographie, 1988)

La bienheureuse Dina Bélanger (1897 – 1929)

La mission de la bienheureuse Dina, de la congrégation des Religieuses de Jésus-Marie à Sillery (Canada), consistait avant tout en une vie de réparation pour la sanctification des prêtres et des consacrés. À elle aussi le Seigneur révéla Son grand amour pour les âmes consacrées, mais aussi Sa profonde douleur devant leur infidélité.

Mes prêtres, Mes prêtres, hélas ! Je les aime tant ! Et il y en a parmi eux tant qui M'aiment si peu ! … Si Mon Cœur a versé pendant l'agonie des larmes de sang sur eux, ce n'était pas seulement parce qu'ils se seraient séparés de Moi par la perte de la grâce sanctifiante, mais aussi parce qu'ils ne mènent pas assez une vie d'union intime avec Moi. Je les appelle à devenir un second Christ. Être un autre Moi-même : voilà leur vocation. Beaucoup d'entre eux sont Ma consolation, Ma gloire et Mon honneur. Mais certains, hélas, M'affligent … Veux-tu, Ma petite Épouse, Me donner par Ma très bienheureuse Mère ton jour d'aujourd'hui pour Mes prêtres ? Veux-tu ainsi Me le donner chaque samedi ? C'est-à-dire, M'aimer par Ma sublime Mère, prier, renoncer à toi-même, t'offrir pour Mes prêtres ? […]

Entre les mains de Mes prêtres repose toute la vie religieuse de la société. Si tous étaient vraiment saints, la seule vue de leur personne, à l'église, dans la rue ou ailleurs, attirerait les pensées des hommes vers Moi ; elle attirerait les âmes à Moi ; en les rencontrant, on penserait : voilà un second Christ qui passe ! […]

Si tu savais combien Mon Cœur est consolé lorsque Je trouve une âme qui se livre à Moi parfaitement ! Mais Je n'en trouve que si peu ! Même parmi les âmes consacrées, il en est rarement qui se livrent à Moi parfaitement ! – Mes apôtres Pierre, Jacques et Jean, à qui Je Me suis donné justement dans la sainte communion et que J'ai faits prêtres, étaient des âmes consacrées, et ils dormaient pendant Mon agonie ! Combien d'âmes consacrées dorment encore aujourd'hui, pendant que Mon Église est persécutée et souffre.

Dina obtient de grandes lumières sur le mystère du très saint Sacrement de l'autel. Si nous comprenions quel trésor nous possédons dans l'Eucharistie divine, les églises seraient remplies jour et nuit d'adorateurs qui se consument d'amour pour le Prisonnier divin du tabernacle.

Mon Cœur déborde de grâces pour les âmes. Conduis-les vers Mon Cœur eucharistique ! Jésus à la bienheureuse Dina

Le Seigneur révèle aussi à Dina de profonds mystères sur les béatitudes du ciel et sur l'inestimable valeur de la croix.

Dina voit que le plus petit degré de béatitude au ciel pèse infiniment plus que toutes les joies imaginables sur terre. Et chaque plus petit acte d'amour, de conformité à la volonté divine, d'obéissance ou de renoncement nous procurera une telle béatitude. La Très Sainte Trinité nous offre les abîmes de Ses richesses, mais combien sont peu nombreux ceux qui les reçoivent, en s'abandonnant entièrement à l'œuvre sainte de Dieu.

Nous ne pourrons jamais saisir l'immensité de la bonté infinie envers chaque âme humaine. La plus longue vie ici-bas ne dure en réalité qu'un bref instant. Comme nous sommes insensés si nous n'employons pas cet instant, qui est notre vie terrestre, à la plus grande gloire du Seigneur très haut ! Quelles surprises il y aura à la dernière heure, lorsque le voile de la vérité se déchirera ! […]

Je voudrais faire comprendre à toutes les âmes, surtout aux âmes élues, la valeur de la croix. La douleur est une mine d'or inestimable ; c'est une flèche ardente que l'amour décoche du Cœur de l'Infini pour consumer le cœur humain et le plonger dans la divinité. […]

Non, le cœur de cet Époux adorable, si tendre et si bon, n'est pas reconnu ! Jésus a choisi la croix comme un bien sacré. Il l'a embrassée avec passion, Il l'a aimée jusqu'à la folie : et cela pour nous ! […] Combien Son Cœur se réjouit lorsqu'une âme blessée et crucifiée baise avec amour le fouet, la lance et les précieux clous ! […] Ô Esprit de vérité, par les mérites de Jésus, je Te prie : accorde aux âmes la lumière, enseigne-leur à estimer les vrais biens et à reconnaître la bonté infinie dans les heures d'épreuve et d'humiliation.13

Ô Jésus, éternel souverain Prêtre, Toi qui, par amour pour nous, as racheté l'humanité par Ta Passion et Ta mort sur la croix, accueille avec bonté, par les mains bénies de Ta Mère, ma souffrance. Avec Ta croix, je T'offre la mienne par amour. Féconde l'apostolat de Tes prêtres, afin que Ton règne de lumière, d'amour et de paix vienne jusqu'à nous. Amen.14

13 Die Selige aus Kanada, de Engelbert Recktenwald, 1996.

14 Imprimatur : Frib. Helv., 15 septembre 1960.

Sœur Consolata Betrone (1903 – 1946)

La mission que Jésus confia à la Servante de Dieu Sœur Consolata, de l'ordre des Clarisses capucines, consiste à collaborer, par la « toute petite voie d'amour » vers laquelle elle appelle les âmes, au renouveau religieux du monde et au salut des âmes. Ce chemin spirituel, comme il ressort des enseignements de Jésus, peut se résumer en trois points :

  1. Un acte d'amour incessant – la prière du cœur, c'est-à-dire un acte intérieur.
  2. Un oui souriant à tous : voir Jésus en tous et traiter tous comme Jésus.
  3. Un oui plein de gratitude à tout : à tout ce que Dieu veut de nous.

La vie de Jésus sur la terre fut un combat incessant pour le salut des âmes. Le Seigneur parle à Sœur Consolata de cette aspiration en lutte :

Amour et âmes ! Qu'y a-t-il de plus beau ? […] Jésus, Marie, je Vous aime, sauvez les âmes ! embrasse tous : les âmes du purgatoire comme celles de l'Église militante, les innocents comme les coupables, les mourants, les impies, toutes les âmes !

Jésus confia à Sœur Consolata en particulier les consacrés qui étaient devenus infidèles à leur vocation. Il lui déclara :

Consolata, toi aussi, tu as dans l'Église un troupeau que tu dois conduire à la vie éternelle : tes frères et tes sœurs. Allons, toi aussi tu seras un bon pasteur, qui, comme Jésus, donne sa vie pour ses brebis.15
Marie, Toi, bonne Mère des prêtres, prends tous les prêtres sous Ta protection et Ta sauvegarde particulières, et ramène avec une main maternelle et bienveillante aussi les pauvres prêtres égarés, qui ont été infidèles à leur haute vocation, vers le Bon Pasteur. Amen.16

Pour ces frères et ces sœurs, Consolata fit tout. Dans toutes ses tâches, elle priait sans cesse sa prière du cœur : Jésus, Marie, je Vous aime, sauvez les âmes !, et faisait de tout un sacrifice pour Dieu. Pour cela, Jésus lui fit la promesse suivante :

Vois, ce ne sont que des choses insignifiantes, mais Je m'en réjouis beaucoup et Je leur donne une valeur inestimable, parce que tu Me les offres avec un grand amour. Toutes ces vétilles, Je les fais descendre comme des grâces de conversion sur nos frères malheureux.

Souvent, des cas très concrets et graves étaient confiés au couvent, et Consolata prenait sur elle, à la place des autres, les souffrances correspondantes. Ainsi endurait-elle parfois pendant longtemps la sécheresse, l'abandon, l'absence de sens, la solitude, le doute et les états de péché de prêtres. Une fois, dans ce combat, elle écrivit à son directeur spirituel : Combien coûtent donc les frères ! Mais Jésus lui donna la magnifique promesse :

Consolata, tu iras à la recherche de chaque frère et de chaque sœur et Me les ramèneras, et Je leur pardonnerai à cause du sang que J'ai versé pour tous.17
Il ne doit pas y avoir au monde un frère, même s'il a péché autant qu'il le pouvait, qui ait vu tes yeux et qui doive s'en aller sans ta miséricorde ; s'il cherche miséricorde, et s'il ne la cherche pas, alors demande-lui s'il veut la miséricorde. Et s'il pèche encore mille fois sous tes yeux, aime-le davantage que moi, afin de l'attirer vers le Seigneur. Saint François

15 Judas n'est malheureusement pas resté seul ; il ne fut que le premier d'une longue lignée qui se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Tous ces malheureux sont la cause des épines autour du Cœur divin de Jésus et des larmes les plus amères de l'Église, qui désire tant que tous les fidèles collaborent, par la prière et le sacrifice, à la sanctification des prêtres et des consacrés. Beaucoup se plaignent certes de ces scandales et jettent des pierres sur les brebis égarées, mais seuls peu aident à ramener ces malheureux vers le Bon Pasteur. N'oublions pas que chaque petite prière jaculatoire et chaque petit sacrifice dans cette intention est une perle et un signe de notre amour et de notre responsabilité mutuels.

16 Imprimatur : Regensburg, 1.2.1973.

17 Cf. Schwester Consolata Betrone, de P. Lorenzo Sales, 1961, Imprimatur : Friburgi Helv., 15 septembre 1961.

La Sainte Messe – le soleil de notre vie

Parmi tous les trésors du monde, il n'en est pas de plus précieux que le saint sacrifice de la messe ; et parmi tous les malheurs du monde, il n'en est pas de plus grand que l'ignorance de ce très saint sacrifice. Car dans la célébration de la Sainte Messe, nous nous tenons, en tant que membres du corps mystique, pour ainsi dire au pied de la croix, et nous pouvons, unis au Christ, notre Grand Prêtre éternel, offrir au Père céleste le sacrifice parfait de louange, d'action de grâce, d'expiation et de supplication. La Sainte Messe est donc source et sommet de toute la vie chrétienne, le culte le plus élevé, la re-présentation mystérieuse et non sanglante du sacrifice de la croix de Jésus-Christ.

Je prie aussi dans le Seigneur tous mes frères prêtres, qui sont les prêtres du Très-Haut […] : lorsqu'ils veulent célébrer la messe, qu'ils soient eux-mêmes purs, et qu'ils offrent purement, avec respect et dans une intention sainte et pure, le véritable sacrifice du très saint Corps et du Sang de notre Seigneur Jésus-Christ. Saint François

Dans le don obéissant de Jésus, toute gloire et tout honneur reviennent au Père. En même temps, l'amour du Christ ouvre à chaque homme un chemin qui mène au cœur du Père. Ainsi resplendit dans ce mystère le trait le plus profond de Dieu, Sa miséricorde insondable. Nous déposons tout notre être, notre faiblesse humaine, nos soucis et nos détresses ainsi que la faute de tous les hommes dans l'événement de la transsubstantiation qui s'accomplit à la Sainte Messe. Car dans le Corps offert et le Sang versé du Christ, nous trouvons guérison et expiation pour nos péchés et pour les péchés du monde entier.

De la Sainte Messe on peut dire ce que la Sainte Écriture dit de la sagesse : la Sagesse est pour les hommes un trésor inépuisable ; ceux qui l'acquièrent gagnent l'amitié de Dieu. (Sg 7,14)

Aucune heure de la journée n'est plus précieuse que l'heure où nous participons à la Sainte Messe. Ce temps est en vérité une heure d'or. Les sacrifices que nous acceptons en participant à la Sainte Messe se transforment en or. Car de même que le soleil surpasse toutes les planètes, la participation pieuse à la Sainte Messe surpasse toutes les autres œuvres de piété.

Rien ne peut égaler la grandeur de l'Eucharistie ! Mettez toutes les bonnes œuvres du monde contre une communion bien faite : c'est comme un grain de poussière à côté d'une montagne. Saint curé d'Ars
Au moment où la Sainte Messe est célébrée, les anges du ciel se hâtent vers la prison du purgatoire et l'ouvrent. Saint Jean Chrysostome

Lorsqu'on demanda un jour au saint P. Pio ce que nous devions faire pendant la Sainte Messe, le saint répondit : Compatir et aimer. Il avait aussi coutume de dire : Le monde pourrait plus facilement subsister sans soleil que sans la Sainte Messe.

Ô Jésus, par Ta mort et Ton saint Sang, convertis les pécheurs, sauve les mourants, délivre les âmes du purgatoire, sanctifie les prêtres, les religieux et les familles.

À chaque célébration de la Sainte Messe retentit l'appel du Père céleste : Tout est prêt, venez à la noce ! Mon Fils bien-aimé renouvelle par les mains du prêtre le sacrifice du Calvaire et vous nourrit, dans la très sainte Eucharistie, de Sa propre chair et de Son propre sang ! Et pourtant, combien peu suivent Son invitation : Mais ils n'en tinrent aucun compte … Ainsi parle la parabole du festin royal, que nous voulons contempler de façon vivante et proche dans le chapitre suivant.

Venez à la noce !

Le Christ est le Fils unique de Dieu. Dans Son incarnation, Il vient appeler à la noce Son Épouse, la sainte Église, et inviter les hommes à la fête. La parabole nomme quatre groupes d'invités :

Le premier groupe, ce sont les indifférents. Il en existe aussi parmi ceux à qui Dieu adresse Son invitation. L'invitation leur est adressée plusieurs fois, avec une insistance marquée. Mais la religion ne leur dit rien. Ce sont des réalistes, pour qui seul le terrestre et le matériel est une réalité. Le christianisme ne les intéresse pas. […] Il n'a rien à voir avec la spéculation boursière, la réussite professionnelle et la position sociale. L'invitation reste en souffrance sur le bureau ou finit à la corbeille. En réalité, il n'y a pas d'indifférence envers Dieu, car Dieu ne l'admet pas. Celui qui ne se soucie pas du Christ n'entre pas dans le Royaume de Dieu ; il est donc de ceux qui se tiennent dehors et y restent en conséquence. Le jugement final du Seigneur sera : « Je ne vous connais pas ! »

Le deuxième groupe, ce sont les hommes de l'opposition. Dans la parabole, ils tuent sans façon les messagers de l'invitation. Ils ne sont ni du côté du souverain régnant ni de celui de l'héritier du trône. […] Ils se rangent nettement dans l'autre camp. Pour ce qui est du Royaume de Dieu, ce sont les athées combatifs, les ennemis du christianisme. La religion n'est pas pour eux une chose indifférente, mais « l'opium du peuple », un obstacle à l'élévation de l'humanité, un ennemi de l'humanité véritable, un reste entravant du Moyen Âge superstitieux, qui doit enfin être définitivement éliminé. Ils mènent donc le combat par la parole et par l'écrit, se rassemblent pour une action commune et organisent la résistance. Dans la parabole, la réponse du roi ne se fait pas attendre. Ses troupes encerclent le siège de la résistance ennemie, le rasent et tuent l'ennemi. C'est l'image du grand règlement de comptes du Christ à la fin des temps.

Le troisième groupe, ce sont les irrévérencieux. La parabole présente une seule figure comme leur représentant. L'homme qui a été convié à la noce depuis la rue, et à qui l'on a offert dans le vestibule un vêtement de fête, est convaincu que ses haillons sont assez bons. On devrait le prendre tel qu'il est. L'invitation ne lui dit rien de particulier. Transposé dans le domaine spirituel, ce sont les hommes qui ne veulent pas savoir de quoi il s'agit avec Dieu. Il leur manque la crainte de Dieu. […] La vie religieuse est quelque chose qu'on exprime de temps en temps, plus par contrainte que de plein gré. On va le matin à la messe dominicale, comme on va déjeuner au restaurant ou le soir à un concert, et en semaine au bureau. Dieu doit être content s'ils suivent l'invitation au culte. Ce sont les hommes qui n'ont jamais vraiment saisi intérieurement ce que signifie un appel de Dieu. La différence entre Créateur et créature, éternité et temps, infinitude et finitude, Seigneur et serviteur ne leur est jamais devenue vivante. […] C'est pourquoi ils ne s'efforcent en aucune manière d'obtenir une attitude intérieure correspondante. Ils ne voient pas qu'un chrétien vit autrement qu'un non-chrétien. Comme Dieu est pour eux quelque chose d'accessoire, ils ne se soucient pas non plus de savoir s'ils vivent dans la grâce du Seigneur ou dans le péché. […] L'effet est montré de façon drastique dans la parabole : c'est l'expulsion de la salle de fête illuminée vers les ténèbres, de l'élection vers la réprobation. L'appartenance extérieure à l'Église du Christ ne suffit pas. Si la transformation intérieure n'a pas lieu, tout se termine par l'expulsion.

La valeur d'une seule grâce est supérieure à la valeur de tout l'univers. Saint Thomas d'Aquin

Le quatrième groupe, ce sont les véritables invités à la noce. Ils sont d'une origine étrange : vagabonds, clochards, gens simples et mendiants des haies et des clôtures. L'invitation fut la grande surprise de leur vie. Ils ont répondu avec joie. C'est avec des frissons de révérence qu'ils ont pénétré dans le palais, c'est avec une joie enfantine qu'ils ont revêtu le vêtement de fête qui leur était offert. Et maintenant ils sont à la fête de noce comme au ciel. Ils ne craignent qu'une chose : devoir un jour ressortir dans la saleté et la misère, dans le froid et les ténèbres du dehors. Ce sont les hommes aux yeux brillants et aux cœurs reconnaissants, les hommes qui savent ce qu'est la grâce et la vocation. C'est l'homme du péché, appelé dans le monde de la grâce. C'est l'homme religieux qui sait que, sans Dieu, tout ne vaut rien, qui sait apprécier la vocation comme grâce librement donnée, et qui porte profondément en lui l'expérience douloureuse de sa propre faiblesse et de sa condition de pécheur. Mais tout se perd dans l'éclat de la joie festive, car il sait que le christianisme catholique est une fête de noces, commencée avec l'Incarnation de Dieu et qui atteindra au retour du Seigneur sa pleine splendeur festive, avec une lumière qui ne s'éteint plus et une joie qui ne s'estompera plus.

Ainsi le christianisme exige une décision, un pour ou un contre, un oui ou un non. […] Il s'agit de l'essentiel et du plus profond : l'être éternel ou le non-être.18

Père céleste, je T'offre par Marie les mérites infinis de Jésus, en réparation de toutes les grâces que j'ai dilapidées. Amen.

18 Richard Gutzwiller, Die Gleichnisse des Herrn, 2017, Imprimatur de l'Ordinariat épiscopal de Coire, 2 mars 1960.

Les larmes de la Mère

En pleurs, le visage caché dans les mains, la Mère de Dieu apparut le 19 septembre 1846 à deux enfants bergers à La Salette.

Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle … Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils ; elle est si lourde et si pesante que je ne puis plus la maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! … Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l'accorder !19 C'est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils … Si la récolte se gâte, ce n'est rien que pour vous autres … S'ils se convertissent, les pierres et les rochers seront des monts de blé, et les pommes de terre seront ensemencées par la terre …

Il faut bien la faire, mes petits, soir et matin ; quand vous ne pourrez pas faire plus, dire seulement un Pater, un Ave Maria, et quand vous aurez le temps, en dire plus. Il ne va que quelques femmes un peu d'âge à la messe, et les autres travaillent tout l'été le dimanche ; l'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se moquer de la religion …

Pendant toute la durée de l'apparition, les larmes coulent des yeux de la Mère de Dieu.20

Notre-Dame de La Salette, Réconciliatrice des pécheurs, priez sans cesse pour nous qui avons recours à Vous !

19 Selon la volonté de Dieu, toutes les grâces méritées par le Christ nous sont accordées par Marie. Ainsi, les jours que Dieu nous donne passent aussi par les mains de Marie. (cf. Léon XIII, encyclique Octobri Mensae) C'est pourquoi Marie put dire à La Salette : « Six jours je vous ai donnés pour travailler. »

20 Le 19 septembre 1851, le message de La Salette fut approuvé par l'Église, en la personne de Philibert de Bruillard, évêque de Grenoble. Comme la stratégie divine du salut diffère des programmes de renouveau d'aujourd'hui ! Par la Mère de Dieu, le Seigneur n'exige pas un relâchement de la doctrine morale de l'Église, mais la pénitence et la conversion ; Il n'exige pas un abandon de la dévotion mariale en vue de l'œcuménisme, mais la vénération de son Cœur Immaculé. Face à un P. Pio, le Seigneur n'exige pas la suppression du célibat ni des expériences liturgiques pour vivifier le culte, mais Il se plaint de l'indifférence et du manque de révérence qui Lui sont témoignés dans le très saint Sacrement de l'autel. Face à la bienheureuse Dina Bélanger, le Seigneur n'exige pas de Ses prêtres une plus grande ouverture au monde, mais une vie d'union plus intime avec Lui ; et des ordres et des communautés, non un relâchement de la discipline, mais une plus grande fidélité à la sainte Règle. Dans les messages à sainte Sœur Maria Faustine, le Seigneur ne propose pas un affaiblissement de la conscience du péché, mais invite à recourir souvent à Sa miséricorde dans le saint sacrement de pénitence. Ce qui est aujourd'hui loué comme un progrès est en réalité une démolition de la doctrine de la foi et des mœurs. Et cette démolition transperce le Cœur de Jésus et de Marie. (cf. Engelbert Recktenwald, Harter Geist und weiches Herz, Imprimatur : P. Josef Bisig, Suprio generalis, FFSP, Opfenbach, 21 octobre 1996)

Un guide silencieux vers la foi catholique

Les missionnaires de Steyl, le Père Götsch et le frère Gervasius, vécurent en Chine une expérience qui échappe à toute compréhension rationnelle.

Le frère Gervasius accompagne le Père de Kaotai auprès d'une malade grave. Après une chevauchée de trois jours sur plus de deux cents kilomètres, ils arrivent au but, mais la malade est déjà morte. Accablés, les missionnaires reprennent le chemin du retour. À peu près à la moitié de la chevauchée en montagne, ils rencontrent un garçon qui les prie de venir avec lui chez sa mère. Le garçon les conduit à environ 15 km à l'écart, dans un petit village. Dans une hutte en pisé attend une mourante. Elle pose soudain aux deux missionnaires d'étranges questions :

“Étranger, veux-tu me répondre en vérité ?”

« Certainement. »

“Y a-t-il un Dieu en qui il y a trois figures ? Y a-t-il dans l'autre vie un lieu de joie pour les bons et un lieu d'effroi pour les méchants ? Est-il vrai que Dieu est venu sur cette terre pour mourir pour les hommes et leur ouvrir le lieu de la joie ? Étranger, tout cela est-il vrai ?”

Le prêtre confirme, saisi d'étonnement, toutes ces questions. D'où la malade connaît-elle ces vérités de foi ?

“Tu as de l'eau sur toi”, poursuit la malade, “lave-moi, afin que j'arrive au lieu de la joie !”

Comment sait-elle que le Père Götsch a de l'eau baptismale sur lui ? Après un bref entretien, le missionnaire baptise la malade. Pleine de joie, la mère exprime un nouveau souhait : “Tu as du pain sur toi. Pas un pain ordinaire, mais Dieu lui-même. Donne-m'en aussi.”

La mourante sait aussi que le prêtre a sur lui le Très Saint Sacrement. Le Père Götsch lui donne la sainte Communion et lui administre l'onction des malades.

Puis il dit : « Jusqu'ici tu as posé des questions ; maintenant je vais te poser quelques questions : Comment connais-tu les vérités de la foi ? Des chrétiens catholiques ou protestants t'en ont-ils parlé ? »

“Je ne connais pas de chrétiens, étranger !”

« As-tu lu tout cela dans des livres ? »

“Je ne sais pas lire. Je ne sais pas non plus qu'il existe de la littérature chrétienne dans ma langue.”

« Mais alors, d'où tiens-tu tes connaissances de la foi ? »

“J'ai simplement pensé que cela devait être ainsi. Depuis dix ans je vis selon cette foi. J'ai aussi instruit mes enfants. Tu peux tous les « laver » (elle veut dire baptiser).”

« Savais-tu que nous passerions aujourd'hui ? »

“Oui, j'ai fait un rêve et j'ai vu un homme âgé, qui me disait d'envoyer mon garçon sur le chemin et d'appeler les deux étrangers ; ils me « laveraient » pour le bon lieu après la mort.”

Les missionnaires sont profondément bouleversés. L'attitude de la malade est si simple face à la mort qu'aucun doute ne subsiste. Au moment de l'adieu, ils lui offrent une petite image de saint Joseph, patron des mourants. La malade est hors d'elle de joie. “Lui, je le connais, il m'a rendu visite. Il est venu bien des fois chez moi et m'a fait envoyer mon fils sur le chemin pour vous appeler.”

Était-il en rêve ou en réalité qu'il était venu auprès d'elle ? Elle ne le sait pas, et cela ne lui importe pas non plus. Ce qui compte, c'est ce qu'elle a appris par lui.

La femme mourut encore la même nuit.21

Bien-aimé saint Joseph, puissant protecteur après la sainte Église, regarde la grande détresse de l'Épouse de Jésus-Christ et l'affreuse misère de tant d'âmes. Ô viens à leur secours avec Jésus et Marie, les anges et les saints. Déjoue les desseins des impies et enflamme les cœurs des fidèles de l'ardeur de l'Esprit Saint, afin qu'ils confessent librement et ouvertement Jésus, combattent pour les intérêts du Royaume de Dieu et remportent la victoire. Amen.22

21 D'après un récit de Ludwig Lenzen dans « Weite Welt », n° 1, janvier 1976.

22 Imprimatur : Regensburg, 13.3.1977.

Les poissons dans le filet de l'Église

De nombreuses personnes se laissent difficilement influencer par notre société entièrement tournée vers ce monde et sans foi, et se détachent du courant sacramentel de vie de l'Église, le plus souvent contraintes par la loi du péché. (cf. Rm 7,23) Pourtant, malgré toute la « liberté »23 apparente au nom de laquelle les valeurs morales et religieuses sont précisément jetées par-dessus bord, une profonde tristesse et une grande solitude règnent dans beaucoup de cœurs. Car si nous prenons congé des commandements de Dieu et de Son Église comme des enfants rebelles, nous nous retrouvons finalement face au chaos d'une vie ratée.

Ô monde injuste ! Tu fais tout pour Me chasser de la face de la terre, pour Me bannir de la société. […] Tu trames des intrigues pour pouvoir détruire Mon Église et tuer ses serviteurs. […] Et Je te couvrirai de honte par Mon amour. […] Le seul mot « volonté de Dieu » renferme un miracle éternel, qui n'a pas son pareil. […] Ma volonté renferme la substance de toutes les joies, la source de toutes les béatitudes. Jésus à la servante de Dieu Luisa Piccarreta

23 Que cette « liberté » finisse par nous rendre esclaves, les paroles de Jésus dans l'Évangile de Jean le montrent. « Si vous demeurez fidèles à Ma parole, vous êtes vraiment Mes disciples. Alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. […] Amen, amen, Je vous le dis : qui commet le péché est esclave du péché. L'esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours. Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres. » (Jn 8,31-36)

Lorsque nous « oublions » Dieu, la source unique de toute joie, de plus en plus, et que nous nous éloignons de Sa très sainte volonté, notre conscience s'obscurcit peu à peu et la foi s'éteint. Car foi et péché ne peuvent pas être durablement de bons voisins, et comme on aime le péché et qu'on ne veut pas le quitter, la foi doit céder la place.

Au regard de cette vérité, saint Paul prêche : Garde la foi et une conscience droite ; certains, pour avoir abandonné cette droiture, ont connu le naufrage de leur foi. (1 Tm 1,19)

On ne pratique plus en tant que catholique, on dénigre bruyamment la religion et l'Église, on doute des vérités fondamentales du christianisme, et finalement on devient protestant du jour au lendemain ou l'on quitte définitivement l'Église. Sur ce sujet, saint Cyprien a remarqué : Que personne ne croie que les bons pourraient quitter l'Église. Les tempêtes emportent la balle et la paille, non le froment.

Lorsqu'un jeune homme se vantait devant le philosophe Pascal de ne plus croire, celui-ci lui répondit : « Rejette le péché, et demain tu redeviendras croyant. »

Même si les « enfants de ce monde » ne veulent plus entendre l'enseignement de l'Église ni ses exigences morales, tous les pasteurs et tous les fidèles sont appelés à se tenir fermement et fidèlement à la vraie foi catholique. Surtout ces prêtres qui gardent l'amour du Seigneur et de Sa vérité, marchent certes sur le chemin du martyre, mais, malgré bien des épreuves, conservent leur dignité et deviennent en même temps une bénédiction pour un grand nombre d'âmes que Dieu leur a confiées. Comme Jean-Baptiste, ils combattent pour l'indissolubilité du mariage, et s'attirent ainsi la haine d'Hérodiade – « du monde ». Comme Étienne, ils rendent témoignage à la vérité du Christ et se trouvent ainsi engagés dans les combats les plus violents : Ceux qui écoutaient ce discours avaient le cœur exaspéré et grinçaient des dents contre Étienne. (Ac 7,54) Et comme le bienheureux prêtre martyr Otto Neururer, assassiné par les nazis parce qu'il s'était clairement opposé au mariage d'une jeune femme avec un officier nazi divorcé et sorti de l'Église, ainsi les prêtres fidèles, sinon corporellement du moins spirituellement et psychiquement, sont persécutés à cause du saint Évangile. Les exemples innombrables qu'on pourrait encore citer nous montrent clairement : Jésus n'abandonne pas Son Église, parce qu'elle est Son Épouse bien-aimée et parce qu'Il a versé pour elle la dernière goutte de Son sang. Du Cœur transpercé de Jésus coule le vin nuptial des saints sacrements, dont nous nous privons des fruits pour le temps et pour l'éternité lorsque nous renions notre foi catholique.

C'est précisément cette perte grave de la foi et des valeurs morales, qui s'est largement effondrée au cours des dernières décennies, qui joue un rôle décisif dans les tragiques affaires d'abus, qui infligent de profondes blessures au corps mystique de l'Église.24

Aujourd'hui, amène-Moi les âmes des hérétiques (ceux qui ont perdu la vraie foi) et des apostats (ceux qui sont sortis de l'Église). Plonge-les dans la mer de Ma miséricorde. Dans Mon amère Passion, elles Me déchiraient le Corps et le Cœur, c'est-à-dire Mon Église. Lorsqu'elles reviendront à l'unité de l'Église, alors se cicatriseront Mes plaies, et de cette façon elles Me soulageront dans Ma Passion. Jésus à sainte Sœur Maria Faustine

24 Alors que des chrétiens meurent pour leur foi et leur fidélité à Jésus, des hommes d'Église, en Occident, s'efforcent de réduire les exigences de l'Évangile au minimum. Nous allons même jusqu'à utiliser la miséricorde de Dieu et à étouffer la vérité ainsi que la justice. […] Le vrai scandale n'est pas en réalité la présence de pécheurs, car pour eux il y a toujours miséricorde et pardon, mais le flou quant au bien et au mal, […]. Lorsque des hommes consacrés ne sont plus capables de comprendre la radicalité du message de l'Évangile et tentent de l'endormir, alors nous nous égarerons. Car là nous avons une véritable transgression de la miséricorde. […] Il y a aujourd'hui une confrontation et une rébellion contre Dieu, un combat organisé contre le Christ et Son Église. […] (Cardinal Robert Sarah, Dieu ou rien, 2015)

Paroles encourageantes du Pape émérite Benoît XVI

Dans une vue d'ensemble approfondie, le Pape Benoît XVI nous donne, dans sa lettre publiée, des impulsions claires et encourageantes pour un nouvel élan de l'Église, qui ne peut s'orienter que sur l'obéissance et l'amour de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous voulons citer ici un petit extrait de cette lettre :

Une première tâche, qui doit résulter des bouleversements moraux de notre temps, est de commencer nous-mêmes de nouveau à vivre par Dieu et pour Lui. Par-dessus tout, nous devons réapprendre nous-mêmes à reconnaître Dieu comme fondement de notre vie. […]

Dieu est devenu homme. La créature homme Lui tient tellement à cœur qu'Il s'est uni à elle et qu'Il est ainsi entré très concrètement dans l'histoire humaine. […] Nous en parlons certes longuement en théologie, avec des mots et des pensées savantes. Mais c'est précisément ainsi que naît le danger de nous rendre maîtres de la foi, au lieu de nous laisser renouveler et gouverner par elle.

Considérons cela à propos d'un point central, la célébration de la sainte Eucharistie. Notre rapport à l'Eucharistie ne peut que susciter l'inquiétude. Au Concile Vatican II, il s'agissait à juste titre de replacer ce sacrement de la présence du corps et du sang du Christ, de la présence de Sa personne, de Sa Passion, de Sa mort et de Sa résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l'existence de l'Église. En partie, la chose s'est vraiment produite, et nous voulons en remercier le Seigneur de tout cœur.

Mais une autre attitude domine largement : ce n'est pas une nouvelle crainte révérencielle devant la présence de la mort et de la résurrection du Christ qui domine, mais une manière de Le traiter qui détruit la grandeur du mystère. La baisse de la participation à la célébration eucharistique dominicale montre combien peu nous, chrétiens d'aujourd'hui, sommes encore capables d'apprécier la grandeur du don qui consiste en Sa présence réelle. L'Eucharistie est dévalorisée en geste cérémoniel, lorsqu'il va de soi que la politesse commande de la distribuer à tous ceux qui sont invités pour des raisons de parenté, lors de fêtes de famille ou d'occasions comme un mariage ou un enterrement. L'évidence avec laquelle, en certains lieux, les personnes présentes reçoivent simplement aussi le Saint Sacrement montre qu'on ne voit plus dans la communion qu'un geste cérémoniel.
Église de la Primauté au bord du lac de Tibériade
Église de la Primauté au bord du lac de Tibériade
Quand donc nous réfléchissons à ce qu'il faut faire, il apparaît clairement que nous n'avons pas besoin d'une autre Église imaginée par nous. Ce qui est nécessaire, c'est plutôt le renouvellement de la foi en la réalité de Jésus-Christ qui nous est donnée dans le sacrement. […]

La crise provoquée par les nombreux cas d'abus commis par des prêtres pousse à considérer l'Église comme quelque chose de raté, que nous devrions maintenant reprendre en main et refaire entièrement nous-mêmes. Mais une Église faite par nous-mêmes ne peut pas être une espérance.

Jésus lui-même a comparé l'Église à un filet de pêche, dans lequel se trouvent de bons et de mauvais poissons, qui doivent être séparés à la fin par Dieu lui-même. À côté se trouve la parabole de l'Église comme un champ, sur lequel croît le bon grain que Dieu lui-même a semé, mais aussi l'ivraie qu'« un ennemi » a secrètement semée également. En effet, l'ivraie est excessivement visible dans le champ de Dieu, qui est l'Église, et les mauvais poissons dans le filet montrent eux aussi leur force. Mais malgré cela, le champ reste le champ de Dieu et le filet reste le filet de pêche de Dieu.

Et il y a dans tous les temps non seulement l'ivraie et les mauvais poissons, mais aussi la semence de Dieu et les bons poissons. Proclamer avec insistance l'un comme l'autre n'est pas une fausse apologétique (défense), mais un service nécessaire de la vérité.

Dans ce contexte, il est nécessaire de renvoyer à un texte important de l'Apocalypse de Jean. Le diable y est désigné comme l'accusateur qui accuse nos frères devant Dieu jour et nuit. (Ap 12,10) L'Apocalypse reprend ainsi une pensée qui se trouve au centre du cadre narratif du livre de Job. (Jb 1 et 2,10 ; 42,7-16) Là il est raconté que le diable a tenté de rabaisser devant Dieu la justice de Job comme n'étant qu'extérieure. […] Pour les chrétiens, il est clair que Job, qui se tient devant Dieu comme exemple pour toute l'humanité, est Jésus-Christ. Dans l'Apocalypse, le drame de l'homme nous est présenté dans toute son ampleur. Au Dieu créateur s'oppose le diable, qui dénigre toute l'humanité et toute la création. Il ne le dit pas seulement à Dieu, mais surtout aux hommes : voyez ce que ce Dieu a fait. Prétendument une bonne création. En réalité, elle est dans sa totalité pleine de misère et de dégoût. Dénigrer la création est en réalité dénigrer Dieu. […]

Aujourd'hui, dans l'accusation contre Dieu, il s'agit avant tout de dénigrer Son Église dans son ensemble et de nous éloigner ainsi d'elle. L'idée d'une Église faite par nous-mêmes et meilleure est en réalité une proposition du diable, par laquelle il veut nous détourner du Dieu vivant, au moyen d'une logique mensongère dans laquelle nous tombons trop facilement. Non, l'Église de Dieu n'est pas aujourd'hui non plus faite seulement de mauvais poissons et d'ivraie. L'Église de Dieu existe aussi aujourd'hui, et elle est précisément aujourd'hui l'instrument par lequel Dieu nous sauve. Il est très important d'opposer aux mensonges et aux demi-vérités du diable toute la vérité : oui, il y a du péché et du mal dans l'Église. Mais il y a aussi aujourd'hui la sainte Église, qui est indestructible. Il y a aussi aujourd'hui de nombreuses personnes qui croient humblement,25 qui souffrent et qui aiment, et en qui le Dieu réel, le Dieu d'amour, se montre à nous. Dieu a aussi aujourd'hui Ses témoins (« martyres ») dans le monde. Nous devons seulement être attentifs pour les voir et les entendre.

Le mot martyr est emprunté au droit procédural. Dans le procès contre le diable, Jésus-Christ est le premier et véritable témoin de Dieu, le premier martyr, à qui ont depuis lors succédé d'innombrables autres. L'Église d'aujourd'hui est plus que jamais une Église de martyrs, et ainsi témoin du Dieu vivant. Si nous regardons et écoutons autour de nous avec un cœur attentif, nous pouvons trouver partout aujourd'hui, précisément parmi les gens simples, mais aussi aux plus hauts rangs de l'Église, les témoins qui, par leur vie et leur souffrance, se tiennent debout pour Dieu. C'est une paresse du cœur que de ne pas vouloir les percevoir. Parmi les grandes et essentielles tâches de notre annonce figure le fait de créer, autant que nous le pouvons, des lieux de vie de la foi, et avant tout de les trouver et de les reconnaître. […]26 Pape émérite Benoît XVI

25 Lorsque Jésus, en Mc 9,42, met en garde contre le fait de « faire trébucher un de ces petits », Il entend par là « les croyants simples, qui peuvent être conduits à leur perte par l'orgueil intellectuel de ceux qui se croient savants. » (Extrait du texte intégral, ibid.)

26 kath.net/pl, 2019.

Je suis la mère de tous les enfants de ce monde ; pourquoi m'outrages-tu, monde ? J'ai été le désir de tous les temps. Je suis la route de toutes leurs routes : sur moi, les millénaires cheminent vers Dieu. Gertrud von le Fort
La Sainte Messe dans les catacombes

La Sainte Messe dans les catacombes

L'Église persécutée

La bienheureuse Sœur de la Croix Zdenka Schelingová,27 née en 1916 à Kriva (Tchécoslovaquie), est un exemple de l'innombrable troupe de martyrs qui ont offert leur vie par amour du Christ et de Son Église.28

Sœur Zdenka avait un équilibre intérieur extraordinaire, et de ses yeux rayonnait quelque chose d'incroyablement mystérieux. Le sourire délicat et modeste qui lui était propre devint pour elle un leitmotiv, si bien qu'elle commença son journal par ces mots : Avec un sourire, cueille les petites roses de la douleur, avec un sourire parle, avec un sourire aide, avec un sourire accepte les injustices … Avec un sourire, cache tout ce qui te fait mal … Avec un sourire, avance vers le Golgotha. Là tu trouveras Celui qui connaissait bien plus que toi toute méchanceté, toute fausseté, toute erreur humaine.

Les paroles suivantes montrent aussi à quel point sa vie était enracinée dans le sacrifice de Jésus : Derrière les nuages sombres brille mon Soleil bien-aimé … De l'autel du Seigneur, je vais à l'autel de mon travail, au petit-déjeuner, puis à l'infirmerie. Partout je dois poursuivre le sacrifice de l'autel, sans crainte et avec joie.

Dans le but d'anéantir l'Église, les communistes ont dissous, à partir de 1950, tous les couvents et séminaires. Le 20 février 1952, la chose arriva : dans l'hôpital où travaillait Sœur Zdenka, l'alarme fut donnée. Pendant la nuit précédente, un patient, le prêtre Štefan Koštial, gravement maltraité par la torture, s'était enfui. La police occupa même la chapelle où les sœurs assistaient justement à la Sainte Messe, et Sœur Zdenka pensa : Ça y est, c'est maintenant, maintenant moi aussi je vais partir, car c'est elle qui avait aidé le prêtre à s'enfuir. Mais l'on ne soupçonna pas tout de suite la sœur discrète. Ce n'est que neuf jours plus tard qu'elle fut effectivement arrêtée. Une seconde fuite, que Sœur Zdenka avait préparée pour ce jour-là, pour trois autres prêtres et trois séminaristes, avait été découverte. En prison suivirent quatre mois d'interrogatoires cruels. Sœur Zdenka fut à plusieurs reprises brutalement torturée, puis traînée de nouveau dans la cellule, couverte de blessures.

Comme on la battait une fois presque à mort, elle chuchota à une codétenue : Le pardon est ce qu'il y a de plus grand dans la vie.

Lorsque l'autorité judiciaire vit que Sœur Zdenka, à la suite des tortures brutales et des trois ans et demi passés dans cinq prisons, était gravement malade, on décida de libérer la religieuse sous condition le 16 avril 1955. Le gouvernement ne voulait à aucun prix qu'on la considère comme une martyre.

Les trois derniers mois, Sœur Zdenka les passa dans le service de cancérologie. Elle priait beaucoup et rayonnait une paix profonde malgré de grandes douleurs.

Dans la nuit du samedi au dimanche 31 juillet 1955, l'état de la malade s'aggrava, et comme elle sentait que sa vie touchait à sa fin, elle demanda tôt le matin la sainte communion. Sœur Zdenka mourut calmement et paisiblement à 38 ans, pendant qu'à la chapelle la Sainte Messe était célébrée.29

27 Grand-tante du P. Dr Bernhard Vošicky OCist (Heiligenkreuz).

28 Les martyrs sont le signe que Dieu vit et qu'Il est toujours présent parmi nous. Son amour miséricordieux se révèle en Jésus-Christ, qui a promis de ne pas se détourner de Son Église ni de ceux qui ont décidé de Le suivre fidèlement : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. » (Mt 28,20) Or, Sa présence est palpable dans Ses disciples persécutés : « Saul, Saul, pourquoi Me persécuter ? Il demanda : Qui es-tu, Seigneur ? Celui-ci dit : Je suis Jésus, celui que tu persécutes. » (Ac 9,4-5) (Extrait de Dieu ou rien du cardinal Robert Sarah)

29 Cf. Triumph des Herzens n° 78.

Saint Michel Archange, toi qui, dans le ciel, as défendu le trône du Très-Haut contre l'attaque de Lucifer, protège sur la terre le Vicaire de Dieu, le Pape, et l'Église catholique. Amen.

La conversion d'un acteur

Parmi les exemples de véritables conversions qui se sont produites par l'œuvre du saint P. Pio (1887 – 1968) à San Giovanni Rotondo, se distingue en particulier la conversion de l'acteur Carlo Campanini. […]

Le chemin de Campanini vers la conversion ne fut pas facile. Il était né dans une famille pauvre, mais avait une mère très pieuse. Carlo rapporte : Si j'ai jamais fait quelque chose de bien, c'est uniquement parce qu'elle a prié de là-haut pour ce fils malheureux. Qui sait ce qu'il serait advenu de moi sans ses prières. […]

L'« étincelle de P. Pio », comme il le dit, s'est allumée en lui lorsqu'il avait 19 ans. Il travaillait alors en Argentine pour une troupe de théâtre du Piémont. Un jour, il dit à son ami : Croire en Dieu était simple lorsqu'on pouvait encore rencontrer de grands saints comme François d'Assise. Mais aujourd'hui il n'y a malheureusement plus de grands saints.

Son interlocuteur répondit : Eh bien, il y a encore des saints. Nous en avons un en Italie : il s'appelle le Père Pio. Un frère capucin qui porte les stigmates du Christ et offre sa souffrance pour le monde. Ces paroles touchèrent profondément Carlo.

La rencontre de Campanini avec le Père eut lieu quelques années plus tard. Il raconta lui-même dans les groupes de prière de P. Pio : J'étais tombé dans l'égarement, parce que je ne pouvais malheureusement accepter que huit des dix commandements de notre Seigneur ; les deux autres me gênaient, et c'est pourquoi je les avais tous rejetés et je vivais comme un animal. […]

Fin 1949, j'avais atteint le sommet de ma gloire, je tournais trois films en même temps ; tous m'enviaient et me disaient : Vous avez de la chance, parmi toutes ces belles femmes, avec vos voitures coûteuses … Je ne peux que dire ce que je ressentais. Je haïssais ma vie.

Le 10 janvier 1950, je montai en voiture et me rendis chez P. Pio. Je m'inscrivis pour la confession et j'attendis. Mon tour vint. Au moment où je voulais ouvrir la bouche, P. Pio me dit : Dis-moi tout depuis 1946. Vous pouvez imaginer ce que je ressentais.

Pendant que je parlais, je regardais par terre. Il me dit : Regarde-moi ! Regarde-moi dans le visage. Mais je n'y arrivais tout simplement pas. Alors le Père dit : Tu as honte devant moi, qui ne suis rien, mais Lui, tu L'as offensé sans y réfléchir. […] Il voulut tout entendre. Et ce n'est que lorsque je lui promis de changer toute ma vie qu'il me donna l'absolution. Depuis ce jour-là, j'ai vraiment commencé à vivre.

Méprisez vos tentations et ne vous y attardez pas. Représentez-vous Jésus crucifié dans vos bras et sur votre cœur, baisez Sa plaie du côté et dites : Voici mon espérance, voici la source vivante de mon bonheur. Je Te tiens serré, mon Jésus, et je ne Te quitte pas avant que Tu m'aies mis en sûreté. Saint P. Pio
La messe de nuit des persécutés (Gebhard Fugel, vers 1920)

La messe de nuit des persécutés (Gebhard Fugel, vers 1920)

La Sainte Messe

Pendant son séjour à San Giovanni Rotondo, le Père ne se contenta pas de ramener Carlo dans la grâce de Dieu, mais le guida aussi dans les premiers pas de sa vie nouvelle. Il posa comme pierre angulaire la sainte Eucharistie.

Campanini avoue ouvertement qu'il n'avait compris ni la valeur de la Sainte Messe ni celle de la sainte communion, et qu'il pensait, comme beaucoup d'autres, qu'on pouvait être un bon chrétien sans assister à la Sainte Messe.

Lorsqu'il observait le Père à l'autel regarder l'hostie consacrée, il se demandait : Que signifient ces larmes et ce sang qui goutte de ses mains ? Pourquoi souffre-t-il ainsi ? Pourquoi donne-t-il chaque jour un témoignage si douloureux sous les yeux des hommes ?

L'acteur raconte : Un jour, pendant que je me posais ces questions, j'entendis distinctement une voix dire dans mon cœur : Regarde, toi aussi, ce crucifix. […] Combien de fois t'es-tu appuyé sur cette couronne d'épines pour l'enfoncer plus profondément dans Sa chair ; combien de fois as-tu, toi aussi, frappé avec le marteau ces mains et ces pieds blessés ?

J'ai commencé à pleurer et j'aurais voulu faire une confession générale devant tous ces gens dans l'église. J'ai ressenti une douleur comme je n'en avais jamais connue dans ma vie. Et en même temps, je me rendis compte que je n'avais reçu aucun message nouveau : ces paroles me rappelaient ce qu'on m'avait dit, dès l'enfance, au catéchisme, à savoir que Jésus est mort pour nous et que Son sacrifice se renouvelle dans la Sainte Messe. Et je devais encore recevoir un signe.

Le matin de mon départ, je m'avançai vers l'autel pour recevoir la sainte communion. Lorsque le Père me donna l'hostie, je sentis qu'elle me brûlait sur la langue, comme s'il y avait posé une torche.

Dans la manière de recevoir la sainte communion doit se refléter cet amour respectueux et cette délicatesse avec lesquels l'Église entoure son divin Époux sous les apparences modestes du pain et du vin. Extrait des Constitutions des Capucines de l'Adoration perpétuelle de Salzbourg

Je me suis caché derrière l'église pour dissimuler mes larmes de joie et d'émotion. Je sentais vraiment la présence de Dieu. Ce jour-là, je promis à Jésus, en remerciement de ce qu'Il m'avait fait comprendre le don de la sainte Eucharistie, que j'irais chaque jour à la Sainte Messe et communierais.

Lorsque je fus de retour à Rome, on me dit que j'exagérais et que j'étais en train de devenir un fanatique, parce que même l'Église ne demande qu'une communion par an et la Sainte Messe le dimanche. Mais je restai fidèle à ma promesse.30

L'amour de la souffrance

P. Pio a beaucoup enseigné à Campanini, mais ce qui l'impressionna le plus et qu'il tient pour la leçon la plus importante, c'est l'amour de la souffrance. Un jour, le Père lui dit en confession : Mon fils, si l'humanité pouvait comprendre la valeur des souffrances, les hommes ne rechercheraient plus les joies, mais seulement les douleurs.

Carlo avoue qu'il fut stupéfait de ces paroles du saint ; il ne pouvait pas les comprendre. Mais à mesure qu'il devint plus familier du Père au cours du temps, il s'appropria cet enseignement. Il dit : J'ai vu l'indicible souffrance du Père et j'ai vu qu'il l'offrait avec joie pour le salut de nos âmes. C'est alors que j'ai peu à peu commencé à comprendre que, malgré ma misère, je pouvais offrir quelque chose au Seigneur de l'univers par ma souffrance.31

30 Des centaines de milliers de personnes ont assisté, dans une profonde émotion, à la messe de P. Pio à San Giovanni Rotondo, ont vu ses larmes, ses stigmates saignants, et ont ressenti quelque chose de l'immense drame qui s'accomplit dans le renouvellement du sacrifice du Golgotha.

31 « Der Padre », 1er volume, de P. Marcellino Iasenza Niro, 2006.

Offrande quotidienne

Père éternel, par les mains très pures de Marie, je dépose dans le calice que chaque prêtre élève aujourd'hui sur l'autel mes pensées, mon travail, mes peines et mes souffrances, mon présent, mon passé, mon avenir, tous mes péchés, tous mes proches, toutes les âmes du monde, les âmes du purgatoire, la mort elle-même.

Je T'offre chaque battement de mon cœur, chaque souffle, chaque pas, chaque son, dans l'intention que chacun de mes actes soit transformé par Toi en autant d'actes d'amour, en expiation pour les péchés du monde. Fais qu'en union avec Ton Fils Jésus-Christ, mon jour soit une messe continuelle, un sacrifice permanent,32 une communion éternelle, pour rendre satisfaction à Ta justice divine ! Amen.33

32 Comme Jésus renouvelle chaque jour Son holocauste total dans la Sainte Messe, nous aussi pouvons, lors du saint sacrifice de la messe, renouveler notre offrande propre à notre état, que nous présentons au Père céleste unie au sacrifice du Christ. Chaque louange, chaque demande et chaque offrande est comme un récipient avec lequel nous puisons sans cesse de nouvelles grâces dans les richesses infinies du Cœur de Dieu.

33 Imprimatur : 28.12.1970.

L'Étoile divine et l'âme nuptiale

Jésus, le Sauveur, Il est mon Étoile.
Pour Lui seul vivre, oh, je le veux bien.
Non seulement du ciel Il me luit,
mais aussi au fond du cœur, toujours et à jamais.
Jadis Il fut une petite étoile au sein sacré,
caché comme homme et pourtant DIEU, tout-puissant et grand.
Décidé de toute éternité par le conseil éternel,
devait devenir enfant le VERBE DE DIEU.
La Vierge sainte L'a enfanté ;
MARIE, tel est son nom, DIEU l'a choisie.
Elle m'aime tant et me conduit vers l'Étoile,
ô Sa Mère, comme je l'aime !
Le monde ne doit-il pas s'émerveiller ?
Elle a vu sur la terre l'Étoile du ciel !
Marchant pleine d'amour dans la grâce divine,
pour éclairer les brebis dans la pauvreté et la faute.

Sur le Golgotha là-haut, je ne peux le saisir,
mon Étoile pâlit d'amour sur la croix.
Oh, maintenant tout est si sombre et nuit dans le monde,
mais déjà après trois jours Il illumine tout.
Maintenant Il demeure chez le Père dans la tente céleste
et luit plein de bonté sur le monde entier.
Pourtant Il a promis qu'Il resterait aussi ici,
caché dans le tabernacle, là Il luit pour moi.

Il suffit de courir vite à la petite église,
là Il demeure plein d'amour et attend l'enfant.
Adorant et stupéfait, je m'agenouille alors ici,
jusqu'à ce qu'Il me demande : « Mon petit enfant, que désires-tu de Moi ? »
« Ô Étoile, ô Étoile, que les brebis te trouvent donc ! »
Écoutez seulement ce qu'Il me répond :
« Aime, souffre et prie pour cela,
alors Je les conduirai à la porte du ciel ! »
Je demande encore à l'Étoile : « Ô dis-moi donc,
que suis-je pour Toi ? »
Alors je L'entends me dire avec joie :
« Enfant, petite fille, Épouse de Mon cœur, cela te plaît-il ainsi ? »
Mais maintenant Il veut savoir si je L'aime aussi.
« Ô Étoile, Tu sais tout, Toi seul, je l'aime ! »
Et si l'on voulait me donner or et argent, même des pays entiers,
je dirais seulement : ce n'est pas vrai.
À l'Étoile appartient tout, oui tout, à Lui seul,
et émerveille-toi, ô prodige : Celui-ci est à moi.
Du souffle de Sa bouche naissent des mondes,
aucune pensée ne peut Lui échapper.

S'il m'arrive parfois d'avoir grand-peur et d'être accablée,
je veux toujours davantage Lui faire confiance.
Seulement par amour Il m'envoie la souffrance,
car Il connaît la valeur pour l'éternité.
Et si je rencontrais un enfant d'homme si perdu,
je lui demanderais aussitôt : « Eh bien, es-tu tombé entre les mains des brigands ? »
Viens vite, courons vers l'Étoile, Il t'aime aussi,
et bientôt tu seras aussi heureux que moi.
Puis, lorsque ma vie touchera un jour à sa fin,
mon Étoile me luira dans la maison céleste.
Mon cœur veut éclater de jubilation et de bonheur,
enfin chez moi, je suis toute ravie.
Les petits anges dans le ciel chantent bien fort :
« Oh voyez, voyez, voici que vient l'Épouse ! »
Il me serre d'amour sur le cœur divin
et essuie de mes yeux toutes larmes et douleurs.
Maintenant je demeure auprès de l'Étoile dans la béatitude
et célèbre avec Lui des noces pour l'éternité.
Grâce soit rendue au SEIGNEUR qui m'a regardée
comme Sa petite épouse bien-aimée.
Et si j'ai affligé Son Cœur très saint,
je ne veux que pleurer de repentir et de douleur.
Alors Il luit pour moi, rouge du sang sacré,
et me lave pur dans l'ardeur pourpre.

Toi aussi, mon âme, Il n'est pas loin,
Il attend plein d'amour et t'aime tant !
Mon Étoile me regarde depuis l'éternité,
crois-tu qu'Il ne pense pas aussi à toi ? Capucines de l'Adoration perpétuelle
Voici que Je viens sans tarder, et avec Moi Mon salaire, pour rendre à chacun selon ses œuvres … Moi, Je suis la racine et le rejeton de David, l'étoile resplendissante du matin. L'Esprit et l'Épouse disent : « Viens ! » … Oui, Je viens sans tarder. – Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Ap 22,12-20
Bienheureuse Angeline de Marsciano

Bienheureuse Angeline de Marsciano

Prière pour les vocations

Seigneur Jésus, comme Tu as appelé jadis les premiers disciples et as fait d'eux des pêcheurs d'hommes, fais retentir aussi aujourd'hui sans cesse Ton bon appel : « Viens, et suis-Moi ! » Donne aux jeunes hommes et aux jeunes femmes la grâce de répondre volontiers à Ton appel ! Assiste nos évêques, les prêtres et les religieux dans leur labeur pastoral. Donne de la persévérance à nos séminaristes et à tous ceux qui cherchent à réaliser l'idéal du don total à Ton service. Éveille dans nos communautés l'esprit missionnaire. Envoie, Seigneur, des ouvriers dans Ta moisson, et ne permets pas que l'humanité, par le manque de prêtres, de missionnaires et de religieux, connaisse trop peu l'Évangile.

Marie, Mère de l'Église, modèle de toute vocation, aide-nous à collaborer au plan divin du salut avec le Seigneur qui nous appelle, et à répondre par un « Oui ». Amen. Saint Pape Jean-Paul II
La Sainte Messe est mon ciel sur terre ! Saint Laurent de Brindes
Heureux les invités au repas des noces de l'Agneau. Ap 19,9